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Les Capron, céramistes
Exposition temporaire
du 23 octobre 2004 au 14 février 2005

L'histoire de ce couple de céramistes est passionnante, car il a connu toutes les approches de la céramique : l'artisanat, l'industrie, l'artistique. Leurs dernières créations sont l'aboutissement de cette vie de recherche et d'engagement.

La Dodue, Jeanne, Le Bas Bleu… Des noms de femmes, des corps ronds, enjoués ou alanguis. Des êtres hybrides aussi, mêlant l'homme et l'animal, un peu comme des collages d'enfants. Les œuvres du couple Capron viendront réchauffer de leur poésie l'hiver du Nord-Est, le temps d'une exposition. Etonnantes sculptures… Nul besoin d'être amateur de céramique contemporaine ou collectionneur pour sentir le bonheur de créer contenu dans ces œuvres. Pas de discours, simplement la biographie d'un homme et de sa compagne, riches d'expériences et de rencontres.

Roger Capron a été artisan, chef d’entreprise, il se consacre aujourd’hui à la création artistique. Sa connaissance du monde de la céramique - technique, marchés, commercialisation - le rapproche de ces hommes d'art et d'industrie qui ont fait la faïencerie de Sarreguemines entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle : Paul Utzschneider, Alexandre et Paul de Geiger. L'exposition permet de rendre accessible au public un personnage, reflet contemporain du caractère complexe et passionnant des capitaines d'industrie du XIXe siècle.

Mais il s'inscrit également avec force dans son siècle, ami de Picasso et amoureux de la liberté dans l'art ; c'est pourquoi nous avons souhaité l'intégrer dans notre programme culturel qui est, rappelons-le, d'offrir une exposition de céramique contemporaine annuelle, afin de faire sortir de la confidentialité des galeries un art qui souffre d'un véritable manque de reconnaissance.

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    Capron, homme d'art et d'industrie.

    "Le plus important artiste-industriel, qui a su faire la synthèse de la créativité,
    de la fabrication, et des contraintes commerciales"
    (Jean-Paul Van Lith, in Revue de la Céramique et du Verre n°29)

     

    Le parcours d'un amoureux des arts

    Roger Capron naît à Vincennes en 1920. A l'âge de 18 ans, il entre à l'Ecole des Arts Appliqués à Paris, où il rencontre Jean Derval et Robert Picault, qui deviendront ses compagnons dans l'aventure Vallauris.
    Curieux de tout, il ne découvre véritablement la céramique qu'en 1945 ; c'est une révélation. Pour apprendre à travailler cette matière, il choisit de s'installer à Vallauris, sur la Côte-d'Azur. Le village possède alors une longue tradition de poterie culinaire. Le premier atelier que fondent Robert Picault et Roger Capron est nommé "Callis", et fournit un grossiste en bougeoirs ; les pièces sont encore maladroites, mais Capron découvre peu à peu toutes les possibilités qu'offrent la terre et les émaux. En 1949, son ami achète une usine à Vallauris, mais Capron ne peut le suivre, et c'est Jean Derval qui le rejoint à l'atelier.

    Dans le village, cela fait un an qu'un personnage hors du commun bouleverse les habitudes, les savoir-faire : c'est Picasso qui vient de s'installer et se passionne pour la céramique. Avec lui, Vallauris passe de la traditionnelle poterie culinaire à une céramique "expérimentale", avec l'installation de jeunes artistes issus d'écoles d'art, qui mettent en avant leur désir de trouver une nouvelle forme de céramique artistique.

    Cette jeune génération va faire de Vallauris un haut lieu de la fête, à l'instar du proche Saint-Tropez. Nombreux sont ceux qui s'inspirent alors de Picasso, au détriment d'une véritable création. Jean Capron, lui, noue des liens d'amitié avec Picasso ; comme lui, il aime les arts primitifs et la Grèce archaïque, qui vont beaucoup influencer ses premières productions.

    En 1952, son père lui achète une usine désaffectée, qui deviendra dans les années 1970 une entreprise employant 120 personnes. Une jeune stagiaire, élève des Beaux-Arts, vient y travailler en 1953. Il s'agit de Jacotte Hubin, que Roger Capron épouse en 1955, et qui ne cessera dès lors de travailler aux côtés de son mari.

    Roger Capron connaît un succès important durant les années 50 et 60. Il gère lui-même sa communication commerciale et l'image de son entreprise, dessine ses cartes de visite, ses cartes de vœux et réalise ses propres catalogues, avec beaucoup d'originalité. Il devient un acteur incontournable sur le marché de la céramique. Ses réalisations, qui sont d'abord des objets utilitaires - vases, services à rafraîchissement, pieds de lampes - s'orientent dans les années 60 vers la céramique architecturale. Il crée des carreaux dont "le format 5 x 15 cm fut une révolution à sa sortie" (Van Lith). Ses tables et revêtements muraux connaissent un grand succès.


    Déclin et renaissance

    Mais en 1982, la concurrence des marbres et de la céramique industrielle italiens, la copie de ses carreaux par l'un de ses confrères de Vallauris, qui les commercialise à un prix moindre, mettent l'entreprise Capron en danger. C'est la défaite. A soixante ans, Roger Capron doit tout reconstruire. Un important distributeur de carrelage, Louis Carré, lui propose un poste de consultant au sein de son entreprise Caroube, et offre à Jacotte Capron le poste de directrice. Mais la société est rachetée ; Jacotte conserve son poste, mais Capron n'y travaille plus. Il se tourne alors vers ses premières amours, ses expérimentations dans le domaine de la céramique ; il crée à cette époque de magnifiques meubles et paravents en menuiserie peinte en noir et incrustée de porcelaine, à la manière des précieux cabinets à secrets à l'italienne.

    En 1989, sur les conseils de son fils, il expérimente le raku, technique de cuisson japonaise. Ses créations sont à présent très personnelles ; il choisit la ronde-bosse pour s'exprimer, avec les thèmes qui lui sont chers : le corps féminin et la sculpture animalière. Ses sculptures peuvent être de grande dimension, les différentes pièces les composant étant alors liées au mortier. Mais il réalise également de petites œuvres dans le même esprit, comme une déclinaison dans l'espace d'une imagination jamais tarie. Ses pièces jouent des volumes et des couleurs : les formes sont rondes et appellent la main, les teintes "sourdes" de la terre enfumée s'allient au couleurs éclatantes des émaux.

    Au sein de l'atelier Capron, trois personnes créent et réalisent des œuvres empreintes de tendresse, de joie de vivre et de soleil : le maître dessine et façonne ses modèles, Jacotte travaille l'émail, et Jean-Paul, leur compagnon d'atelier depuis 1959, gère la cuisson des pièces. Un mélange heureux des différentes étapes de leurs vies, de l'artisanat à la création artistique en passant par l'industrie d'art, pour le plus grand bonheur des galeries et des collectionneurs du monde entier...

     

    Du 23 octobre 2004 au 14 février 2005
    Ouverte au public tous les jours sauf le mardi
    de 10h à 12h et de 14h à 18h, du 30 septembre au 1er juillet

 

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© Musées de Sarreguemines — Mise en ligne 07/06/99