«Mémoires du lieu»
Installations de Jacques Kaufmann






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    Exposition de sculptures contemporaines au jardin de la Blies
    Prolongée jusqu'au 31 décembre 2001

    Jardin du Moulin de la Blies
    Musée des Techniques Faïencières de Sarreguemines
    125, avenue de la Blies - F57200 Sarreguemines
    Tél : 03 87 98 93 50
    Horaires d’ouverture : tous les jours de 10h à 20h

    Contacts presse : Service des publics
    Musées de Sarreguemines - 15-17 rue Poincaré
    Tél. 03 87 98 93 50 - Fax 03 87 98 37 28
    e-mail :
    pitz.laetitia@mairie-sarreguemines.fr




« La manière dont se génère la forme est un des questionnements de mon travail actuel. Une de mes hypothèses est de penser que toute énergie mise dans un matériau, de manière intuitive d'abord puis attentionnée et structurée au fur et à mesure de l'échange qui se produit avec celui-ci, est le principe producteur de l'œuvre. Pour cela, mes gestes sont simples et directs, et procèdent de ce que peut susciter le matériau lui-même. Faire que la forme s'invente comme expérience concrète d'une relation, c'est cela l'enjeu ! Je trouve passionnant, en partant des réalités objectives, en apparence sans valeur et sur la frange de l'inexistence, de parvenir à ouvrir un champ imaginaire à la terre ou à la brique, de sentir que je construis et me construis moi-même dans ce regard. Pour moi, l'imaginaire part du matériau, de ses qualités, et de son énergie poétique. »

Extrait d'entretien avec Alain Macaire
Dialogues céramiques. Musée d’Art Contemporain - Dunkerque 1997



Le site du Moulin de la Blies : un lieu de «mémoires»
Le jardin de la Blies occupe l’emplacement d’un ancien site de production de la manufacture de Sarreguemines.
Ce lieu qui fut longtemps une friche industrielle est riche en évocation du passé faïencier de la ville. Il s’agit d’un lieu dédié à la préparation des pâtes, phase initiale du processus de fabrication de la faïence. Les tâches qui se déroulaient à cet endroit étaient rudes, les ouvriers travaillaient souvent dans le froid, l’humidité et la boue. Ils transportaient des matières premières, poussaient des wagonnets, brisaient des mottes de terre, broyaient les minéraux qui entraient dans la composition des pâtes, actionnaient des leviers pour filtrer l’argile liquide. Ces travaux nécessitaient un effort physique important.
Pendant cent cinquante ans, des générations de travailleurs se sont succédés avant que le lieu se taise, que les machines s’immobilisent et que la nature reprenne ses droits.

Trente ans après son abandon, le site constitue un lieu de mémoires.
Le moulin à cailloutage est devenu un musée qui propose aux visiteurs de découvrir le processus de fabrication de la céramique et qui donne aussi la parole aux anciens ouvriers.

S’il est de la vocation d’un musée de conserver le patrimoine, de le présenter au public, il lui revient encore de l’animer.
C’est dans la perspective de ces missions que le jardin des ruines accueille chaque année, à la belle saison, des manifestations diverses sur le thème de la céramique mais aussi des spectacles dans un amphithéâtre de verdure, là où s’étageaient, il y a un siècle, les bassins de décantation d’argile liquide. Des expositions en plein air occupent régulièrement l’espace des ruines. Ainsi, sur les murs des anciens ateliers seront exposées au cours de l’été 2001, des photographies anciennes évoquant l’architecture de la manufacture à la fin du XIXe siècle (exposition "Paysages industriels " jusqu’au 31 octobre 2001).

Il apparaît, en outre, capital que l’établissement rende compte des diverses formes et expressions qu’adopte la création contemporaine qui ne laisse de surprendre par sa vitalité et sa diversité. Elle est en fait le prolongement vers l’avenir d’une aventure de la céramique dans tous ses états. Mémoire et création constituent les deux pôles autour desquels se développent les activités culturelles du site. C’est dans le cadre de cette volonté que la Ville de Sarreguemines a décidé d’inviter, il y a deux ans, le céramiste Jacques Kaufmann qui, lors de sa première visite du lieu, a été séduit par ses qualités. Elle lui a proposé d’investir les lieux et d’imaginer une intervention artistique.

L’artiste a souhaité travailler sur le thème de " la mémoire des lieux ", de mettre en valeur par cinq installations les traces laissées par le travail et les hommes sur le site. Il s’est chargé d’évoquer par des signes ce qui a disparu et d’ériger les matières premières comme témoins ultimes de l’activité de production.



Les 6 installations :
Galets de silice à l’entrée
On ne peut être qu’étonné par cet impressionnant amoncellement de galets de silice situé à l’entrée. C’est à une rêverie de l’érosion, de l’usure des matières premières, de leur affinage pour la préparation des pâtes et des émaux qu’il nous conviens.
L’intervention vise à donner forme au mouvement de rotation des galets dans le broyeur, par une forme géométrique, cylindrique, qui pénètre la masse floue du tas
Collines de tessons dans la forêt
Un relief mouvementé nous accueille dans la forêt, constitué de myriades de tessons de faïence, plus ou moins recouvert de végétation et dans lequel des arbres ont pris racine.
La proposition vise à donner conscience de la qualité particulière du sol et, par la mise en filigrane des tessons comme dans une nasse, d’évoquer la légèreté d’une pensée, de la mémoire.

Ce mur -membrane de tessons agit comme un voile, et comme lui, laisse circuler le regard, fragile. La mise en verticale des tessons révèle leur origine et la formidable capacité de la nature de revenir sur des friches à priori stériles.
Cimetière des meules
Surgies au détour de la promenade, inévitables, elles nous émeuvent comme le ferait un cimetière des éléphants. Abandonnées, elles gardent la puissance de leurs heures de gloire servile. Libérées de leur fonction, c’est leur énergie intérieure qui rayonne, par leur matérialité et la mémoire qu’elles provoquent.
Le verre, comme matériau de translation, fait résonner en un double poétique la puissance plastique recelée par ces éléments.
Colonnes de galets
Ici, c’est à un déplacement subtil que nous sommes conviés. Un pied inattentif ne remarquera pas la consistance du sol dans le sous-bois : tout ce qui a poussé émerge de galets, et l’on sent à ce moment la puissance de reconquête du territoire par le végétal. Lorsque celui-ci recouvre des espaces dits culturels (Angkor par exemple), la lutte est claire. Mais ici, la complexité vient du fait que le végétal investit des matériaux de rejets, galets usagés qui ont été oubliés.
De la nature détritique du sol, substrat sauvage entre matériau naturel et rejet industriel s’érige une colonne de galets.
Bassin de décantation
Actuellement, trois niveaux herbeux suivent le profil initial de cet espace autrefois dévolu au lavage et à la décantation des matériaux argileux. Cet affinage de la matière est souligné ici par la dimension des éléments
Cour centrale
Comme un espace de jeu, de détente, d’accueil, cette cour semble en attente. Quels furent les rires et les pleurs, les paroles et les silences, les espoirs et les fatigues qui se vécurent ici ?
La proposition répond à cette interrogation et au vide d’aujourd’hui par l’inscription, à une autre échelle, d’un fragment de décor qui animait la surface des produits de faïence. Le décor reprend sa liberté, sort de son cadre d’origine, retrouve la lumière et la vie.
Matériaux : briques et plantations

Etait prévue mais n’a pu être réalisée : la Cheminée
Des images du début du siècle témoignent de l’élégance que cette cheminée possédait. Tronquée, et par là alourdie, elle semble souffrir de cette amputation. A la fois signe distinctif de l’entreprise, et du site global, la cheminée fonctionne comme un repère à une échelle qui dépasse le lieu lui-même.
Lui rendre sa dimension d’origine, par une structure métallique en filigrane dans le ciel doit redonner à cet élément son sens : celui d’un repère symbolique lié au rayonnement du lieu.

Le projet est abandonné pour des raisons techniques et de sécurité liées à la poussée du vent et à la fragilité des matériaux.
Un regard attentif pourra remarquer la cheminée légèrement penchée à partir du 5ème anneau, rendant toute intervention au sommet périlleuse.

 

Les concepts développés par Jacques Kaufmann :

La perte • La mémoire • La résurgence • Le décelable

C’est à un parcours à travers différents espaces spécifiques du site, peu lisibles en l’état, et rendus visibles par les interventions que le visiteur est convié.

Galets entrée : masse en mouvement circulaire, broyage
Tessons forêt : de la mémoire, des produits industriels et de la puissance du végétal
Meules : décalage de matériau
Galets forêts : colonne de pierres, de l’horizontal au vertical, du passif à l’actif
Bassin de décantation : fonction visualisée
Jardin : décor floral, de l’espace du décor à l’espace réel
Cheminée : part manquante

Il s’agit de redonner sens à l’identité et aux fonctions diverses du lieu par un décalage de
Présentation : horizontal - vertical
Matériau : pierre, galets, tesson, briques ou verre
Forme : tas -géométrie
Échelle : décor - prise d’espace
Ce n’est pas à une évocation passéiste ou nostalgique que le visiteur est confronté, mais, par une relation au site actuel et un décalage avec celui-ci, à une nouvelle relation poétique.
 
Dimension pédagogique du projet

Les musées de Sarreguemines, qui ont également une vocation pédagogique, ont souhaité associer le lycée professionnel Henri Nominé de Sarreguemines à la réalisation de certaines installations de Jacques Kaufmann.

Les élèves de première et de deuxième année de BEP M. S. M. S. A. (Maintenance des Systèmes Mécaniques Automatisés) du lycée technique ont ainsi réalisé trois ouvrages métalliques :
1. les galets de l'entrée
2. les tessons dans la forêt
3. la colonne de galets dans la forêt.

Ce travail est une application directe de leur programme scolaire. En effet, dans la partie "Fabrication" du référentiel du BEP Maintenance des systèmes mécaniques automatisés, les élèves sont tenus d'acquérir des compétences telles que :
- travaux neufs ;
- usinage de pièces de rechange ;
- modification ou rénovation d'ensemble ou de sous-ensemble ;
- assemblage de pièces diverses en utilisant des technologies différentes (découpage, cintrage, formage, perçage, taraudage, filetage, goupillage, soudage, etc...).

L'élaboration de ces œuvres a permis l'application pratique des théories enseignées en classe, depuis la conception jusqu'à la réalisation (dessin d'ensemble, de définition, confection logistique, montage sur site).
L'enthousiasme et l'énergie de tous ces élèves participants n'ont eu d'égales que leur joie et leur fierté devant l'œuvre achevée.
Une bonne préparation à leur future vie professionnelle....
Un grand merci aux élèves et aux enseignants.













Exposition «Mémoires du Lieu»
Installations de Jacques Kaufmann

Jardin de Ruines du Moulin de la Blies
125, avenue de la Blies - 57200 Sarreguemines
du 1er juin au 31 octobre de 9 heures à 20 heures

du 15 juin au 31décembre 2001

Ouvert tous les jours de 10h à 20h, entrée et parking gratuits
Pour tout renseignement :
Tél. : 03 87 98 30 50 - Fax : 03 87 98 37 28

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© Musées de Sarreguemines — Mise en ligne jeudi 11 octobre 2001